Métamorphose



Avant de savoir lire, j'aimais trainer aux champs.
Des heures, des jours, des années sans doute.
J'allais souvent embêter les grillons. Leurs chants me permettaient d'en localiser. Avec un brin d'herbe, je titillais l'intérieur de sa cachette, le faisant sortir en marche arrière. Je n'ai jamais vraiment compris pourquoi il se glissait ainsi, tête en avant, dans ce trou trop petit pour s'y retourner.
A sa place, je me serais mis au moins dans l'autre sens, prêt à accueillir comme il faut l'éventuel prédateur. Peut-être étais-je le seul? Des fourmis, ou pire, qui sait? Et ceux là, qui creusaient et disparaissaient dans les galeries souterraines une fois la pierre levée... Quand j'imaginais qu'un simple ver de terre, débouchant de la sienne, puisse apparaitre devant lui, par son simple travail d'être, j'étais terrifié de la différence de forme.
Bref. Il sortait, faisait demi-tour sur la terrasse, face au ciel. Ses antennes démesurées palpaient l'espace sans rien toucher, semblaient boire des paillettes de soleil, écouter les cils du vent... Quoi d'autre, comment?
Tout autour, salué d'une chaleur d'été et de quelques sauterelles, le monde, bien sûr, intensifiait de cette rencontre miraculeuse.
Et hop!
Nouveau demi-tour, il rentrait véloce, marche avant toute dans le trou...

Le soir arrivé, je me repliais face dans mon lit, la tête entre les genoux, le corps dans l'inclinaison du grillon en sol. Je restais longtemps ainsi, très longtemps, la tête dans son monde, les brasantennes le long du corps.
Je crois, des fois, je me suis ainsi endormi.
J'aimerais bien savoir ce que je n'ai pas appris.

2 commentaires:

mandoue a dit…

tout et rien...?

Soleildebrousse a dit…

Belle métaphore de la condition humaine non ?

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Nota

Sauf indication contraire, toutes les terres proviennent de :
Atelier Rinck